« Les jeunes d’aujourd’hui sont mal éduqués, ils ne font rien ». Vraiment ?
- Laure coach
- 3 mars
- 3 min de lecture
Une critique vieille comme le monde
« Les jeunes sont mal élevés », « ils ne respectent plus rien », « ils ne veulent pas travailler ».
Ces phrases semblent typiquement modernes. Pourtant, elles traversent les siècles.
L’idée que la jeunesse irait « moins bien qu’avant » est l’une des critiques sociales les plus anciennes de l’humanité.
Quand l’Antiquité critiquait déjà la jeunesse
Dans la Grèce antique, plusieurs textes témoignent déjà d’une profonde inquiétude face aux jeunes générations.
Un texte souvent attribué à Socrate (Ve siècle av. J.-C.) rapporte :
« Les jeunes gens d’aujourd’hui aiment le luxe, méprisent l’autorité, n’ont aucun respect pour leurs aînés et passent leur temps à bavarder au lieu de travailler. »
Même si cette citation est une reconstruction postérieure (notamment relayée par Platon et Xénophon), elle reflète fidèlement l’état d’esprit de l’époque :
la jeunesse est perçue comme déclinante, irrespectueuse et paresseuse.
Platon lui-même, dans La République, s’inquiète d’un monde où les jeunes contestent l’ordre établi, discutent l’autorité et refusent les cadres traditionnels. Pour lui, ce relâchement menace l’équilibre de la cité.
Chez Aristote, on retrouve aussi cette idée que les jeunes sont :
impulsifs,
dominés par leurs émotions,
attirés par le plaisir immédiat,
peu enclins à la discipline.
Autrement dit, les reproches que nous adressons aujourd’hui aux jeunes existaient déjà il y a plus de 2 000 ans.
Une critique générationnelle récurrente
Ces textes anciens montrent une chose essentielle :
👉 chaque génération a le sentiment que la suivante se perd.
Ce phénomène ne dit pas seulement quelque chose de la jeunesse, mais surtout du choc entre des repères anciens et un monde en transformation.
Les adultes projettent souvent sur les jeunes :
leurs propres peurs du changement,
la nostalgie d’un passé idéalisé,
la crainte de perdre leur place ou leur autorité.
Les jeunes d’aujourd’hui dans un monde radicalement différent
Si les critiques se répètent, le contexte, lui, change profondément.
Les jeunes d’aujourd’hui grandissent dans un monde marqué par :
l’instabilité économique,
la pression à la performance,
l’effondrement de certains repères collectifs,
les crises sanitaires, écologiques et sociales,
l’exposition permanente aux réseaux sociaux.
Là où les générations précédentes pouvaient s’appuyer sur des trajectoires relativement claires, les jeunes évoluent dans un environnement incertain, rapide et anxiogène.
« Ils ne font rien »… ou ils ne veulent plus se sacrifier
Dire que les jeunes « foutent rien » suppose que l’effort se mesure uniquement à l’aune des modèles anciens :
travailler dur, longtemps, sans se plaindre.
Or beaucoup de jeunes ne refusent pas l’effort, mais :
refusent l’épuisement,
refusent un travail sans sens,
refusent de sacrifier leur santé mentale.
Ce positionnement peut être vécu comme de la paresse par les générations précédentes, alors qu’il traduit souvent une lucidité face à un modèle perçu comme insoutenable.
Une souffrance psychique bien réelle
Contrairement à l’image d’une jeunesse insouciante, les indicateurs montrent une augmentation :
de l’anxiété,
de la dépression,
du découragement,
du sentiment de vide et d’inutilité.
Beaucoup de jeunes ne sont pas inactifs par confort, mais bloqués par la peur de l’échec, la pression ou l’absence de perspectives claires.
Ce que ces critiques disent de nous
Lorsque l’on affirme que « les jeunes sont mal éduqués », il est utile de se demander :
Qui les a éduqués ?
Dans quel monde ?
Avec quels outils et quels repères ?
Les jeunes sont toujours, en partie, le miroir de la société qui les a fait grandir.
En conclusion
De l’Antiquité à aujourd’hui, les mêmes discours reviennent :
la jeunesse serait paresseuse, irrespectueuse, perdue.
Et pourtant, les sociétés ont continué d’évoluer, de se transformer et d’avancer.
Plutôt que de répéter des jugements vieux de plusieurs millénaires, il est peut-être temps d’écouter ce que les jeunes expriment réellement :
Une quête de sens, de cohérence et de respect de l’humain.




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